On a décidé de casser notre format de vie.
Ne plus être ancrés à un endroit, ne plus avoir d'adresse fixe. Ne plus vivre dans un même pays, en CDI.
Des nomades, quoi. À 50 ans, après 50 années d'une vie bien rangée.
On ne sait pas si on va réussir à tenir longtemps : pour le moment, les rentrées d'argent ne sont pas évidentes.
Mais déjà, les premiers effets sur notre cerveau se font sentir. Et l'envie de continuer booste notre créativité pour trouver les ressources.
C'est fou.
Tout ce que j'observe depuis quelques semaines prend une autre saveur.
Le temps passé avec mes parents, dans une maison que je connais par cœur, est devenu un beau moment. Je suis plus calme, plus dans le recul et la réflexion, là où il n'y a pas si longtemps je m'énervais contre leurs idées d'un autre temps.
Je redécouvre les gens. Je prends le temps d'apprécier chaque lieu et chaque instant : le sourire de la bouchère, la jovialité du caviste, la beauté de la mer en Normandie, le charme des petits villages…
C'est mon conjoint qui a mis le doigt dessus, un matin au p'tit déj. (Nos petits déjeuners sont toujours des moments mémorables, où l'on parle intensément de sujets tout sauf futiles.)
Il a remarqué qu'après chaque nouvelle installation, dans une nouvelle région ou un nouveau pays, on dort énormément, et très bien, au moins les deux premiers jours. Selon lui, c'est la conséquence du stress inconscient lié au changement de lieu de vie : notre cerveau doit tout réapprendre, et ça l'épuise.
Il décrivait sans le savoir un mécanisme qui a un nom : l'habituation. C'est la façon dont le cerveau apprend à ignorer ce qui est devenu familier, pour économiser son attention et la garder pour la nouveauté.
En bougeant sans cesse, on fait l'inverse. On confronte notre cerveau à la déshabituation. Et je crois que cela nous éveille, un peu plus à chaque fois.
Petit à petit, nous devenons conscients de l'instant présent